Franconia Ridge (2)
La randonneuse
Falling Waters
Franconia Ridge

Le Franconia Ridge et moi

par Sandra Cusson

 

Au cœur des Montagnes Blanches du New-Hampshire, à 1500 m d’altitude, se trouve une superbe crête longue de 3 km, que plusieurs associent davantage aux Alpes qu’aux Appalaches, pour la magnificence et le caractère grandiose des vues qu’elle procure. Très populaire, ce sentier est « loved to death », me dira l’une des guides du Parc National où il se situe, et plusieurs mesures ont été mises en place afin d’en préserver la fragile végétation alpine. Pour atteindre la crête magique, ça grimpe dur : plus de 1000 m de dénivelé sur une distance de quelques km, comportant des certains passages plus ardus sur des roches souvent glissantes. La boucle permettant de marcher sur le Ridge est d’ailleurs qualifiée de parcours difficile selon les guides de randonnée. Avant d’atteindre le début de la crête, on croise un refuge opéré par l’Appalachian Mountain Club (AMC), où il est possible, moyennant un peu plus d’une centaine de dollars US par personne, d’obtenir le gîte (en dortoir) et le couvert (végétarien).

 

Il y a deux ans, croyant détenir la bonne formule qui allait me permettre de marcher sur le Ridge sans trop m’épuiser, j’ai réservé une place au refuge, un soir de juillet. J’ai atteint le gîte après une solide grimpe le long du sentier Old Bridle et bénéficié d’un excellent repas chaud et d’une nuit moyenne (vu le dortoir…). Mais le lendemain matin, c’était le déluge frôlant l’ouragan; le vent, la pluie et les grêlons cognaient sur toutes les vitres du refuge et ce n’était parti pour se calmer; j’ai donc dû me résoudre à redescendre, considérant le fait que la crête peut s’avérer extrêmement dangereuse en cas d’orage électrique…

 

L’année suivante, j’ai fomenté un autre plan, ayant découvert l’existence d’un site de camping situé le long du sentier Liberty Spring, soit cet autre sentier qui permet d’atteindre la crête par son extrémité sud. Le sentier est plus long que le sentier Old Bridle, ce qui permet une montée plus graduelle. J’ai donc effectué les trois quarts du sentier et réussi, en fin de journée, à installer ma tente sur une plate-forme autorisée. Mon plan consistait à effectuer l’aller-retour sur la crête au coucher du soleil, de revenir –à la lampe frontale- dormir au camping, puis de redescendre tranquillement le lendemain matin, par le même chemin. Le hic, c’est que ce plan exigeait de combiner la bonne montée sur le sentier Liberty Springs à un aller-retour du camping à la crête totalisant tout de même 10 km à lui seul et ce, à l’intérieur d’une même journée… la fatigue et l’heure tardive ont eu raison de mes pauvres jambes et… seconde tentative ratée!!

 

Mais je suis tenace et voici comment j’ai enfin réussi, environ deux semaines plus tard, à effectuer au complet cette magnifique randonnée sur la crête. J’avais découvert, lors de ma seconde tentative, que tout au long des 2 km de sentier boisé et quasi plat, juste avant d’atteindre les vues dégagées de la crête, il est possible de trouver, en ouvrant bien l’œil et en s’y prenant assez tôt dans la journée, quelques petits emplacements « officieux », où il est tout à fait possible d’installer une tente pour la nuit, en s’engageant fermement, bien sûr, à ne laisser aucune trace de son passage. Eh bien, j’ai réussi! Cette fois, j’ai emprunté, pour la montée, un sentier plus direct, le Falling Waters Trail. Ce dernier est assez raide mais il est fort agréable, puisque l’on y longe constamment un ruisseau et ses nombreuses chutes. Au petit matin, après une nuit tranquille en forêt, j’ai enfin marché sur le Franconia Ridge, dans les brumes matinales et au chant céleste des oiseaux qui s’éveillent…

 

Je peux vous dire une chose : c’est absolument magnifique et cette mer de sommets s’étalant à l’infini, sur un horizon à 360 degrés, a quelque chose de divin! Pour le retour, après une pause au refuge de l’AMC, descente via le sentier Old Bridle, ce qui ne va pas sans quelques sueurs froides car ces grosses roches sont plus faciles à monter qu’à descendre… Mais, arrivée à bon port en fin d’après-midi et mission accomplie. Au total, une belle boucle de près de 16 km, cumulant 1500 mètres à monter et à descendre, mais le résultat en aura largement valu l’effort!

 

 

Article publié dans Rando Québec, automne 2017