Psychologie et écriture

Plume et encrier

Par Sandra Cusson, M. Ps., réd. a.

 

Je suis psychologue et depuis mon adolescence, j’écris.  Tous les jours, plus ou moins intensément, j’écris parce que cela me fait un bien immense.  Depuis une quarantaine d’années, soit bien avant mes études en psychologie, bien avant de devenir rédactrice professionnelle, j’utilise – au départ sans même le savoir – l’écriture-thérapie.

 

Pour moi, il n’existe pas de meilleur moyen de mettre mes idées en place, de faire le ménage dans ma tête, d’évacuer le stress inutile et les idées irrationnelles afin de faire davantage place au réalisme et comme par magie, à la paix d’esprit.

 

Petit à petit, j’ai été amenée à comprendre, à expérimenter et à réaliser tout le potentiel de cette activité parmi les plus simples qui soient; tout à fait gratuite, elle se pratique n’importe où, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit (en situation d’urgence!). Des exemples de résultats: un plan B qui enlève beaucoup de poids sur les épaules, une liste de choses à faire ou tout simplement, un grand “ouf” et un sourire aux lèvres…

 

Pourquoi cela fonctionne-t-il si bien?

 

Il existe de grands courants en psychothérapie, dont les approches psychanalytiques, existentielles et béhavioristes.  Chacune de ces approches possède ses dogmes et ses principes directeurs mais elles partagent au moins une similarité: l’importance de laisser émerger et de nommer les émotions.  En effet, on s’est rapidement rendu compte, dans l’histoire de la psychologie, que le simple fait d’identifier et de nommer une émotion ressentie procurait presque immédiatement une bonne dose de soulagement, en déclenchant un certain recul et en permettant de voir sa propre situation sous un angle plus réaliste.

 

Ainsi, s’arrêter un moment, prendre un crayon, du papier et laisser aller sa plume sur une page blanche, sans censure, favorise la mise en place de trois conditions essentielles au bien-être de l’esprit, soit:

 

– l’émergence des émotions;

 

– leur traduction en mots;

 

– le recentrage sur l’essentiel.

 

Parfois, il faut couvrir plusieurs pages avant de sentir que l’on a atteint l’état de paix souhaité; parfois, quelques lignes suffisent et l’exercice s’avère d’une simplicité désarmante.  C’est un peu comme si l’on faisait intervenir l’adulte en soi – ou le parent intérieur – et que l’on autorisait cette voix intérieure que l’on possède tous, à s’exprimer, à nous parler afin de ramener les choses à de plus justes proportions.  Les anglophones ont un terme que j’aime beaucoup pour qualifier ce processus: le rightsizing.

 

Quelques principes pour que l’écriture soit thérapeutique:

 

– S’installer seul, dans un lieu tranquille;

 

– Avoir plusieurs feuilles blanches à sa disposition, ainsi qu’un stylo ou un crayon (pour ma part, j’ai constaté qu’écrire à l’ordinateur ne fonctionne pas aussi bien…);

 

– Se centrer sur soi quelques minutes puis, laisser aller sa plume, sans se censurer;

 

– Enfin, le plus important est d’écrire pour soi seulement; ces pages ne sont pas destinées à être lues par d’autres.

 

La valeur des émotions

 

Pourquoi est-ce si important de les laisser émerger et de les nommer?  Parce que nos émotions sont notre source d’information la plus précieuse afin de comprendre le monde qui nous entoure.  Une émotion ne ment pas: elle existe, tout simplement. À nous de la reconnaître, de la nommer et de décider ce que l’on fera de cette information privilégiée.